Les Millésimes 1995 à 2007:
Problème récurrent que celui des Millésimes... L'impact de la météo sur la Vigne et donc le Vin est indéniable, et soulève des débats passionnés et passionnants. Mais vu l'importance du sujet et son retentissement sur l'économie locale des régions viticoles, on comprend aisément que l'Objectivité Absolue est un doux rêve...
La question est pourtant présente toutes les lèvres, et ceci est bien légitime. Je me dois donc de vous livrer mes impressions sur les derniers millésimes avec toute la sincérité que vous êtes en droit d'attendre. Je ne prétends pas avoir la science infuse (loin de là !), ni même avoir raison à tous points de vue, mais ces quelques lignes se voudront le reflet de mon humble expérience. Je limiterai volontairement cette page aux millésimes récents.
1995: Belle année pour la garde. On peut affirmer que quasiment tous les 1995 ont encore leur avenir devant eux, en cette fin d'année 2003. Et ce n'est pas peu dire, car les Bourgogne ne sont pas, en général, des vins de très grande garde.
1996: Année mitigée... Très appréciée dès les premiers mois. Commercialement, la demande était très favorable, ce qui a beaucoup facilité les concupiscences. Mais je dois avouer que ce millésime me déçoit pourtant par son acidité. Si les vins seront de longue garde, ils manqueront toujours, à mes yeux, de ce velours qui fait les grands Bourgogne. Pour preuve de cette acidité, souvent provoquée par des rendements élevés, cet arôme de "bourgeon de cassis" quasi omniprésent sur les rouge.
1997: Une météo radieuse pendant toute la fin de saison... Pas une goutte de pluie du 15 Août (et même plus tôt) si ma mémoire est bonne à la mi-octobre. Si l'on avait pas connu cet été 2003, on pourrait encore parler d'été historiquement beau pour ce millésime. Les degrés furent magnifiques. Mais l'acidité fut aussi faible que la maturité phénolique fut bonne. En clair, ces vins pleins de panache et de générosité manquèrent notoirement d'acidité. Ceci a un effet criant: les 97 ne sont PAS des vins de garde. A l'inverse des 1995, on peut facilement affirmer qu'aujourd'hui, en 2003, une moitié des vins a commencé à décliner. Les autres doivent être bus dans l'année.... mais ne vous catastrophez pas. Pour peu que vous ayez quelques Premiers ou Grands crus bien sélectionnés dans votre caves, je suis certain qu'ils vous apporteront beaucoup de plaisir.
1998: Année "moyenne plus" par excellence. Les 98 sont en tous points satisfaisants Mais il n'y a pas pour autant plus de plaisir que cela dans ces vins. D'un naturel souvent austère et tannique, ils me rappellent un peu les 1988. Cà et là, grillure et acidification ad-hoc auront eu raison d'une certaine finesse. Ils n'ont à mes yeux qu'un salut: longue garde et accord avec un plat relevé. Mais on rencontre ici et là des vins issus de vinifications délicates qui viennent me faire mentir ce diagnostic et c'est tant mieux !
1999: Cette année a fait couler de l'encre. Les clichés sur les
rendements élevés, en ce qu'ils sont nuisibles à la qualité des vins, sont
tous tombés ! Cette année a produit de très beau vins... et en quantité!!! J'affectionne
particulièrement ce millésime, qui est toujours suave et flatteur, bien
que quelques vins se sont entre temps refermés. Les 1999 sont en général de
bons vins de garde. Mais contrairement à des 95 ou 98, ils font presque tous
montre d'une très belle gourmandise, sans aucune dureté. Pour les villages,
2004 a généralement sonné l'optimum. Pour les Premiers et Grands Crus, un peu
(2007) -ou beaucoup (2012)- d'attente ne gâchera rien !
Complément écrit fin 2007: Quelques 99
semblent souffrir au vieillissement de leurs rendements généreux. Ne gardez
pas la totalité du millésime. Conserver les plus grands s'avèrera payant mais
boire les villages et la majorité des premiers crus à court terme nous
évitera quelques déconvenues.
2000: A l'instar des 1997, cette année a produit des bouteilles d'une extrême finesse. J'éprouve très souvent un plaisir immense avec ce millésime. Mais disons-le tout net: Il faut boire les 2000 maintenant. Et préférer les Vins de la Côte de Nuits A de très rares exceptions, ce millésime une nouvelle fois légèrement déficient en acidité, s'effondrera littéralement si l'on est trop optimiste sur la garde. Il n'y a guère que les meilleurs Grands Crus que je me hasarderai à garder jusqu'en 2010. Pour les autres, c'est de 2002 à 2006, et avec beaucoup de plaisir !
2001: Cette année est sous estimée. C'est un fait bien connu et cyclique en Bourgogne. A l'instar du 1991 et même des superbes 78 à l'époque: le marché se sent obligé d'atteindre son pire niveau uniquement sur un millésime intrinsèquement bon. Tant mieux pour les connaisseurs, et tant pis pour les suiveurs ! Car 90% des 2001 goûtés suffisamment tard (notamment en 2006 /2007) sont très prometteurs. A l'origine jugés un peu "rustiques", je ne cesse de rencontrer des vins ouverts, ronds, engageants pour maintenant et pour l'avenir. Bien sûr, on ne les gardera pas 20 ans, mais c'est si rare en Bourgogne!
2002: Attention, année exceptionnelle! D'emblée, ce millésime a été encensé. Étant d'un naturel réticent lors de telles envolées élogieuses, surtout si précoces, je me suis d'abord retenu. Mais l'effet de (bonne) surprise est bel et bien passé, et les 2002, à l'aube de leur mise en bouteille, sont plus beau que jamais. Au risque de me fourvoyer, je les mets à un niveau inégalé depuis plus de 10 ans (si l'on pense au magique 1990, qui ponctuellement, n'est pas si magique que cela, d'ailleurs, mais c'est une autre histoire!) ou même, n'ayons pas peur des mots, aussi beaux que les mythiques 1978.
2003: Grandeur et décadence. Derrière tous les atouts inhérents à cet
été historiquement chaud se cachent quelques pièges. Si le 2003 a
naturellement eu bonne presse dès le début, il faudra se méfier des
vinifications serrées et des acidités éphémères. Quelques 2003 seront en
effet trop beaux pour être vrais (sic). Je veux dire par la qu'ils sont à
coup sûr très attrayants et exubérants sur leur prime jeunesse, mais que
ceci, à l'instar des 97, pèsera en vieillissement. Quant aux vinifications
puissantes, elle se verront probablement affublées du même sort que les
1976... superbes, mais à l'ouverture improbable !
Complément écrit fin 2007: Gageons tout de même
que l'élite des 2003, aura un bel avenir d'ici 2010-2015. Nos dégustations de
Clos de Tart, Chambolle "Amoureuses" de Groffier ou Chambertin de
Rousseau nous confirment que leur avenir est radieux.
2004: L'Hétérogénéité. Pas facile à appréhender et
à décrire, ce millésime 2004. Avant même la vendange, on l'affubla
naturellement de nombre de handicaps. Pensez-donc! Succéder aux
"exceptionnels" 2003, tous faits de fruit et de séduction... Voilà
qui, d'emblée, mît la barre un peu haut. Il allait s'avérer plus tard que les
craintes étaient en quelque sorte fondées. Lui qui s'inscrit dans un registre
tendu et assez austère, on peut dire qu'il provoque un choc si on ose le
comparer à son prédécesseur! Son second tort "pré-natal" fût
d'arriver dans un contexte de morosité économique aigue... Avec une demande
"inter-professionnelle" à l'avenant... C'est à dire proche du zéro
!
Voilà donc dans quelle atmosphère le 2004 naquit. Avouons que l'on peut faire
mieux!
Mais si l'on parle de qualité intrinsèque, il en a pourtant à revendre, ce
millésime. Tantôt austère, aux arômes végétaux exacerbés voire trop acide (peut-être une
moitié de ce que
j'ai pu déguster jusqu'à aujourd'hui), il sait aussi faire preuve d'excellence.
Un été frais et assez venté. Un mois de septembre très beau. Et des
conditions sanitaires superbes dans beaucoup d'appellations. Il n'en faut en
fait pas moins pour faire un bon millésime. Et il faut l'avouer, nombre de
2004 sont franchement de ces bouteilles dont on reparlera dans 20 ans ou plus
comme des flacons "de connaisseurs". Et qu'on regrettera peut-être
d'avoir boudé au profit des 2003...
2005: L'Euphorie !
Le 2005 est effectivement un millésime de très haute volée. Je suis pourtant
resté sur la défensive pendant quelques temps... Quand sort un nouveau
millésime que tous qualifient "du Siècle" ou "de la
Décennie", je suis toujours perplexe. Les raisons commerciales et
économiques sont souvent les plus déterminantes dans la genèse de ces
qualificatifs. Si bien que l'acidité des 2005, bien réelle et bien sûr très
visible dans les premiers mois de 2006, me faisait douter de leur équilibre. Et
la demande, aussi folle qu'en 1989, me semblait alors disproportionnée..
Mais au fur et à mesure des dégustations et passés les premiers mois qui
suivirent les mises en bouteilles, l'acidité s'est révélée très intégrée
et le fruit magnifique. Comme on le constate dans ce type de millésimes, les
Bourgognes ressemblent souvent à des villages et les Villages à des Premiers
Crus... et ainsi de suite. Bref, c'est le quasi sans faute... du bonheur à
l'état pur. Et si les Blancs n'auront rien de mieux que les 2004 dans beaucoup
de cas, car un peu moins vibrants, les rouges sont sublimes.
Et si le travail de sélection du Caviste que je suis n'a pas été
techniquement très passionnant, celui de l'acheteur s'est révélé très
pénible tant il fût délicat d'obtenir des allocations significatives. Reste
un problème épineux: maîtriser le débit de vente pour ne pas tout vendre en
quelques mois et pouvoir les regarder vieillir un peu.
2006: La Volupté:
Magiques 2006. Si les "Beaux Vins" vous animent plus que les vins
"cotés" ou "Parkerisés", privilégiez les 2006...
Le Fruit des 2006 est superbement élégant. Ils sont fondus et délicats,
appelant à un plaisir plus proche dans le temps.
Si leurs tarifs ne s'assagiront que très peu, ils seront une alternative
"disponible"... et c'est déjà une bonne chose ! Quand les 2005
auront quasi disparu, après quelques mois, il restera les 2006 qui sont et
seront plus digestes et accessibles. C'est toujours un bonheur de trouver un tel
millésime après une brute de garde (souvenez-vous des 2000 après les 99, et
des 2003 quand il a fallu oublier les 2002 en cave!!!
Et les 2007 ?
Le 2007 a failli être catastrophique avouons-le. Si l'on avait du donner un
pronostic à la fin Août, exercice auquel toute la Bourgogne s'est adonnée, il
aurait été bien funeste.
Et puis la période des vendanges a été salvatrice. Une météo inédite: Pas
vu une goutte de pluie du début à la fin de la récolte! Après un tri
draconien des raisins botrytisés en même temps que des raisins pas assez ou
trop mûrs (parfois sur le même pied de vigne, le cauchemar!), le résultat
sera grandement satisfaisant. Si le 2005 aura été l'année de la régularité
et de l'ennui du sélectionneur obsessionnel que je suis, le 2007 sera un
millésime à goûter et re-goûter et re-déguster encore pour dénicher les
plus beaux vins. Un pur millésime de Vigneron sans le moindre doute. Cela tombe
bien, c'est dans ces millésimes-là aussi que l'on reconnaît les bons
Cavistes... A l'heure où j'écris ces lignes, c'est à dire début Novembre,
les dégustations commencent...